C’EST QUOI STRICTLY NICENESS ?
En 2002, Bruxelles était déserte au point de vue du funk et de la soul. Depuis la fermeture du légendaire Fool Moon, l’inextinguible soif de musiques soulful grandissait sans cesse parmi les fans et les danseurs. Bruxelles était alors une ville presque entièrement dédiée à l’électro et au R&B façon soupe. 3 dj’s, fans de funk et par dessus tout amis, décidèrent alors d’organiser une soirée FunkSoul dans la capitale. Nous n’étions pas seuls dans ce créneau. The Oran-Ization, entre autres, jouait du deep funk, de l’hammond groove, etc, mais globalement, chacun le faisait dans son coin. Les 3 (Kwak, Eleven, Bernard Dobbeleer) ont réussi à faire la jonction entre ces différentes variétés de musique avec la volonté de voir des hanches et des fesses bouger jusqu’à tard dans la nuit. Nous aimons partager notre passion pour ces musiques, nous ne cachons pas les disques que nous jouons, nous répondons aux questions concernant nos sélections, nous sommes fiers et heureux de faire découvrir au public classiques et raretés, incunables et sorties récentes.
Imagine Zapp qui rencontre Carleen et Ses Groovers, Antibalas mixé avec Lee Perry, Cameo qui croise EPMD ou les MAW en promenade avec Tito Puente … Secoues le tout et tu obtiens un cocktail intitulé STRICTLY NICENESS … où nous jouons une grande variété de styles : latin booms et afro baps, funk, soul, hip hop, disco, boogie …
@ Le Biberium (Ex Flanagan’s, près de la Gare Centrale à Bruxelles), chaque second samedi du mois EXPECT TIMELESS CLASSICS AND DISCOVERIES, RARITIES AND INSANITIES IN FUNK, SOUL AND BEYOND …
STRICTLY NICENESS LE 12 MAI
La soirée STRICTLY NICENESS aura lieu le samedi 12 mai dès 22h au Biberium.
LE SCENARIO DU PIRE
13 décembre 2016 : 20h22
Ils avaient oublié pourquoi ils se battaient. Depuis longtemps. Mais le siège du Pont du Germoir durait depuis six semaines. Un axe stratégique disaient les Généraux. « Iron Mike » Di Puro, Jean – Didier (dit Junior Roynders) et leurs hommes , seulement équipés d’armes légères, étaient cachés sous ce qui aurait dû être le nouveau pont. Voilà ! ,cinq années de combats, de sueur, de merde, de larmes. Cinq années d’errance dans les rues vides de la ville. Les habitants avaient fui, les mercenaires étaient arrivés. Sud –Africains, Serbes, Australiens, Israéliens et Palestiniens se battaient pour une cause qui n’était pas la leur. Grassement payés, ils n’avaient aucune réticence à massacrer le tout-venant : hommes, femmes, enfants, de toutes communautés et origines.
A l’époque, on parlait beaucoup de mobilité et l’ex SNCB avait investi des montagnes de pognon (s’ils avaient su, ces décideurs du dimanche ! ) dans un réseau appelé Réseau Express Régional. Aujourd’hui, Bruxelles est hantée par les soldats des nombreuses factions (Front Francophone Bruxellois, Nederlandstalige Etterbeekse Boys, Sud- Ouest Crew, etc) et désertée de ses habitants, à l’exception de la zone neutre du Quartier Européen dans laquelle sont regroupés toutes les représentations diplomatiques et les fonctionnaires de ce qui fut l’Union Européenne, tombée en désuétude par la grâce d’un groupe sidérurgique indien amateur de délocalisations. Par la grâce aussi d’un président à vie russe surnommé Ras-Poutine, empoisonneur de son état. Et pourvoyeur de gaz naturel. Tous les décideurs politiques avaient, en 2008, baissé leur pantalon devant lui. Nécessité faisant loi.
Il n’y a plus d’embouteillages, plus de trafic outrancier, les points de passages disséminés le long de la théorique ligne verte étaient gardés par des volontaires ex- canadiens dépêchés par l’armée du récent Québec indépendant. Les Français, eux, envoyaient des armes. Au grand bonheur économique du Dictateur Sarzoky et de la famille Daffault – Lapardère. L’idéologie, la sauvegarde de la langue ne les intéressaient que fort peu. L’argent n’a pas d’odeur dit le proverbe. Ce qui reste à démontrer. Les banquiers genevois s’en régalaient. En Afrique francophone, les débats allaient bon train dans les maquis. Les caricaturistes de Ouagadougou à Rabat se délectaient de cette ubuesque situation. En Haïti, devenue prospère grâce au trafic de cocaïne, Port- Au Prince la douce se gaussait de ces Européens, que l’égoïsme et la mal gouvernance avaient ramenés à un stade fort peu avancé de développement.il en souriant de toutes ses blanches dents. Soso, aussi appelé Baron Samedi par feu un combattant Belgo- Haïtien attaché à ses racines, était connu pour ses dons de sorcellerie. La légende voulait qu’il ait fait exploser le « Paquebot » par télépathie. Paquebot qui, en des temps reculés, avait servi de Maison de la Radio télévision Belge, institution qui avait par un soir d’automne dynamité ce qui restait de ce pays de cocagne qu’était la Belgique. Le groupe frémit. « Baron, tu déconnes ! Comment vas-tu nous sortir de là ? » demanda l’un . « Baron, les Québécois t’attendent, ils savent pour le Paquebot et pour la Porte de Namur » dit l’autre. Seydou Diop – Van Den Abeele se leva d’un bond. « De fait Baron, la tour du Bastion rayée de la carte alors qu’ils y avaient leur commandement, ça fait désordre. Ils ne vont pas te rater. De plus, même si nous, étrangers, sauvons cette ville, on restera chômeurs à la fin de la guerre. N’en fais pas trop mon frère, personne ne se souciera de toi quand tu seras mort, en fait, personne ne se soucie de toi. Même si tu es vivant ». Di Puro, l’homme au nœud papillon, regardait Baron d’un air incrédule. « Tu peux pas faire ça, on attend les ordres ! Roumeaux et King Charles P. sont à la table des négociations. L’Armée du Nord s’est arrêtée, comme elle l’a promis, à la Place Meiser et aux ruines de la basilique. Si ces Flamands avancent, ils tomberont sur les gars qui stationnent à Yser, on leur donnera un cour de natation gratuit. Et la Tour Madou est piégée. Tu ne bouges pas d’un poil sinon, je t’allume ». Soso le regarda d’un air mauvais, puis parti d’un rire tonitruant. Le nœud papillon se retrouva sur la chemise de Seydou et le crâne de Di Puro fut atteint d’hydrocéphalie. « Rien à foutre de ces négociations » dit Soso ajustant son chapeau haut de forme, « c’est commode de négocier alors que ce sont eux qui nous ont mis dans la mouise de par leur congénitale mollesse. Ca fait 6 ans qu’ils sont assis confortablement à Val Duchesse occupés à zieverer et que moi j’ai la grippe. Trop is te veel. Je vais me faire la place des Martyrs, ça soulagera mes rhumatismes ». Seydou, déterminé et hilare, lui emboîta le pas suivi par le groupe. Dans quelques heures, la guerre ne serait plus qu’un mauvais souvenir.
Les combattants du Front Francophone Bruxellois du Commandant Roumeaux (en tout et pour tout 2300 hommes disséminés sur le territoire) se terraient dans leur abri. Les obus tombaient sur leur tête comme la pluie hivernale (à présent appelée drache confédérale) qui, comme chacun sait, n’épargne personne. « J’en ai marre de cette putain de pluie, de ce trou et de cette foutue guerre « rugit Sese Soso Motubu, colosse couleur ébène à l’accent bruxellois à couper au couteau. « J’en viendrais presque à regretter mon Congo d’origine… Dis peï, tu sais une fois me passer des chargeurs ? Je m’en vais aller faire de la magie» dit
Philippe Coicou
CONTE DE DEUX VILLES
Bruxelles. 23h39
Ils m’auront pas… je me promets qu’ils ne m’auront pas. « Vous m’aurez pas ».J’ai de l’acide lactique dans les jambes, ça fait mal, ils courent plus vite que moi ces salauds, respire, respire, régule ton souffle. Vous ne m’aurez pas, enculés, je sais même pas ce qu’ils veulent, j’ai peur. Accélère. Regarde avant de traverser, ce serait con de se faire avoir par un bus, l’alliance balkanico-turque est furax on dirait, pourtant, je ne faisais que passer dans leur quartier, comme si un quartier vous appartenait en propre… faudrait peut-être vous payer une redevance ? Si le contexte n’était pas aussi tendu, je rigolerais… hahaha, un bulgare, un grec et un turc en train de courser un nègre, c’est beau le multiculturel ; et la finalité de l’histoire encore plus… la tolérance a encore de beaux jours devant elle, je vous le dit… ils m’auront pas, accélère ! , pas un abri potentiel et je sais toujours pas ce qu’ils me veulent , à part la redevance « quartier privé », comme si… putain, ils se rapprochent. Je traverse une seconde rue, respire ! , les gens me regardent en se marrant. C’est bizarre cette sensation de connivence dans ce quartier, il n’y a personne pour me tirer de ce, disons-le franchement, très mauvais pas. Elle est belle la solidarité des humains ! , heureusement qu’il y a les humanitaires. Ca pue pour mon matricule, soyons honnête. La prochaine fois, j’évite… encore faut-il qu’il y en ai une, de prochaine fois, pour l’instant, c’est pas gagné. Ils m’auront pas. Je suis crevé, (la cigarette …) Respire ! Accélère ! Je me suis promené dans les pires trous de cette stupide planète sans problèmes, j’arrive dans une ville dite civilisée, et j’ai des histoires. Je maudis l’ironie de cette situation. « Vous m’aurez pas bande d’enculés , on m’appelles Marathon Man», ils doivent se marrer de m’entendre m’égosiller en ce moment, comme si j’avais que ça à foutre. Les engueuler. Alors que les crampes se rapprochent à grands pas, presque aussi grands que les miens d’ailleurs. J’ai peur. J’ai mal aux jambes, les poumons en feu. On s’étonne souvent de trouver son second souffle, moi je m’ inquiète de ne pas le trouver alors que j’en ai désespérément besoin. Quand j’étais plus jeune, je pratiquais les arts martiaux, là, c’est la course de fond… moi qui déteste le jogging, me voici servi. Le terrain est crapuleusement irrégulier, le pavé occidental est ce qu’il a toujours été, attention aux entorses, c’est absolument pas le moment. J’aurais mieux fait de leur rentrer dedans au premier contact : « donnes-nous ton pognon, fils de pute ! ici, t’es chez nous, faut que tu raques ! ». Je leur ai répondu : »ne moleste pas ma pauvre mère, abruti ». La- dessus, j’ai pris un pain venu de derrière moi. Chaussée de Haecht. Que j’aurais dû rendre dans l’instant. Ca déstabilise l’assaillant quant tu t’attaques au plus gros d’entre eux. Il était face à moi, le gros, j’aurais pu l’allonger. Un bon coup de pied dans le plexus, comme avant… Maintenant, je cavale comme Forrest Gump. L’aboulie, ça peut vous causer des problèmes mon bon monsieur. De même que le second degré. Ils m’auront pas. J’ai mal aux jambes, tiens ! les poumons oublient leur souffrance… la rue est calme, trop calme, sombre, couleur orangée comme ces spots ignobles de l’éclairage public. Il se fait qu’ici, il est défaillant ; de surcroît, les plaques de verglas faussent les appuis. J’arrive au Botanique en longeant la rue Royale St Marie. Fais gaffe… ils se rapprochent, je sens que ça va être ma fête dans pas longtemps. Accélères ! , si tu veux pas passer à la casserole. En plus, j’ai pas un balle, mais je ne crois pas que ça les intéresse, c’est plus du blé qu’ils veulent, c’est un trophée pourtant, j’ai rien d’une belle blonde à gros seins qu’ils pourraient se farcir avec beaucoup moins d’efforts. Ils sont toujours là, tenaces les cochons. Je regagne un peu de terrain, c’est bon pour le moral. Je tourne rue de la poste. Ca fait près de 20 minutes. Quand je pense que je suis pauvre, ça me fait rire… malgré la peur. Ca ne servirait à rien de le leur dire, je présume. Ils sont enragés. Je les entends m’insulter, maudire ma condition physique, râler, pester contre les sportifs ; ben oui, les gars, la truande, ça demande de l’effort, ou de l’imagination, c’est selon. « Vous êtes cons, j’ai rien en poche ». « On va te baiser, fils de pute ». En plus, ils ont du vocabulaire. Je suis verni, rien à dire . « Vous m’aurez pas ». Le virage à droite n’est pas des plus heureux. Rue Verte. Ses vitrines, ses Nigérianes. Ses filles de l’Est. Ce serait beau si je n’ étais pas pressé. J’ai fait une erreur. Deux erreurs : mon lacet gauche se défait.
Port Au Prince. 17H39
La nuit est noire. Moi aussi, ça tombe bien. Je m’y fonds. Ca m’amuse de foutre la trouille à ce gars que je poursuis. Pas de mes assiduités, non. Suis pas masisi (1). Suis racaille comme dirait Sarkozy le fils de hongrois tendance fasciste qu’ils ont le malheur d’avoir comme ministre au pays La France. Le grimaud court vite. « Je vais t’avoir ». Il faut que je l’attrape. Ta rançon, c’est mon salaire. Ici, nécessité fait loi. Ici, la nuit fait lwa(2). Ici, les lwa font la loi. Le grimaud remonte la rue Dalencourt vers Canapé Vert. Me demande ce que ce blanc faisait dehors, à pied , à cette heure-ci. En tous cas, ça m’arrange, j’avais rien à me mettre sous la dent. Si je le kidnappe, mes femmes seront nourries pour 2 semaines. 18 ans, 3 filles et leur mère. Les blancs ont la contraception ; nous, la fécondation. Il tourne à droite, descend vers Bois Verna. Il est en forme ce con. Quand je l’attrape, je le démolis. Pour m’avoir fait courir autant. Pour le plaisir. Faut pas rigoler. Comme si je souffrais pas assez. Faut faire du sport pour gagner sa soupe. J’ai les crocs. Le chef sera content. A condition que… « J’vais t’avoir ». J’en ai besoin. Je le baillonnerai, le mettrai dans un taptap (3) de mes amis, descendrai avec mon trophée à Carrefour Martissant 17. Ogou sera content. Ogou, c’est mon boss. J’en ai peur. Tout le quartier en a peur. Toute la ville même… C’est son nom jwet (4), personne ne connaît son vrai nom. Pas même lui, je crois. Il l’ a oublié. Je toucherai 50 dollars. Haïtiens. Ils appellent cela l’inflation. Moi, l’arnaque. Ogou, lui, touchera entre 100 et 200 mille dollars. US. On appelle ça le capitalisme. Je suis un capitaliste, né à la capitale, Ogou, lui, est né dans les mornes mornes. Il appelle ça l’indexation de son salaire. « J’vais t’avoir, pitit bouzin (5) ». Tu peux courir, tu ne m’échapperas pas. J’abandonne mes tongs, la corne de mes pieds est solide. Même en Air Max, il est plus lent que moi. J’ai les crocs, je te dit. Elle est belle la Ginger Bread (6). Avenue Lamartinière. On dit que la famille l’a abandonné à l’époque de Titid, se sont enfuis devant la victoire électorale du petit père des pauvres. N’a rien fait pour nous celui-là, sauf renoncer à ses sacrements. Ce qui n’a pas mis de maïs moulu dans mon assiette. J’ai pas connu la dictature, du moins, l’ancienne dictature. Celle-ci, je la connais par cœur. Comme mes tables de multiplication. 2 et 1 font 21. 3 et 1 font 31. 5 et 0 font 50. C’est logique. Comme les tarifs de notre profession. Un grimaud vaut plus qu’un noir. C’est comme ça dans ce pays. Chez les blancs, on regarde pas à la couleur. Ici, c’est différent. Toute couleur a son prix. « Plus clair, plus cher » . Proverbe des chimères. Il descend vers le Champ de Mars. Il a tellement peur qu’il se jette dans la gueule du loup. « On va t’avoir ». Bientôt, je ne serai plus seul. Les gars de Bel-Air vont venir me seconder. Peut-être. Ca ne m’arrange pas, je devrais partager ma maigre pitance avec eux. Faut que je le choppe avant. Malgré l’inconvénient, je siffle pour appeler du renfort. Quand je vais à confesse, le Père (blanc bleu belge) me sermonne sur mes activités. Pourtant, malgré mes (nombreuses) prières, Jésus ne dépose rien sur la table familiale. Quand je le lui dit, le Père me répond que les voies du Seigneur sont impénétrables. Mon estomac, lui, est impénétré. Merci Mon Dieu… J’ai mal aux jambes. J’ai un grand goût( 7). Merci Mon Dieu pour l’exercice. A défaut du pain quotidien.
(1) Homosexuel
(2) Esprit du vaudou
(3) Taxi collectif
(4) Surnom
(5) Fils de pute
(6) Pain d’épices. Type d’architecture « en dentelle de bois» typiquement Caraïbéen.
(7) Traduction littérale de « Mwen gen gran gou » (j’ai faim)
Philippe Coicou
Get free blog up and running in minutes with Blogsome | Theme designs available here
