
Descendant d’une illustre famille haïtienne, je n’étale pas régulièrement mes états d’âme par rapport aux événements qui secouent mon second chez-moi.
Qu’ Haïti vienne à la une des médias européens signifie chaos, violence, désordre. C’est un fait acquis. Soit, passons … Mais, il y a un "mais" … Voire plusieurs …
Quand je lis que " à bout, la population haïtienne a pris comme bouc émissaire la force de l’ONU, dont elle réclame le départ. or, sans elle, le pays aurait sans doute sombré dans le chaos" (Cf Le Soir d’aujourd’hui), mon sang bruxello-portauprincien ne fait qu’un tour. Certes, ces émeutes de la faim sont réelles ; certes, les chiffres cités par Véronique Kiesel sont rigoureusement exacts; certes …
Mais …
La force de l’ONU a imposé Rene Preval comme président après le premier tour (des dernières élections présidentielles) alors que deux tours sont prévus par la loi électorale. Et ce, par peur d’émeutes. Fuyant ainsi ses responsabilités. Donnant ainsi un mauvais signal puisque ne respectant pas les règles démocratiques établies par l’Etat et approuvées par elle. Comme une force d’occupation en somme.
Mais, des Pakistanais, des Nigérians ou des Bengalis sont-ils en mesure de donner des leçons de démocratie ? Mais, la force de l’ ONU a-t-elle réussi à juguler cette vague d’enlèvements qui frappe pauvres comme riches? A-t-elle fourni des outils de lutte contre le trafic de coke ? A-t-elle fourni des outils de lutte contre la corruption ? La réponse est non. A chacune de ces questions.
Alors ? Merci à Madame Kiesel de parler de ce pays, de mon second pays. Un bémol cependant. Et de taille. Votre explication est parcellaire. De même que l’ information que vous donnez à lire.
Expliciter la crise haïtienne nécessite plus qu’un article de 4500 signes espaces compris. Cela nécessite une mise en perspective. Un encadré avec des dates, la prise ne compte d’éléments tels que la chute de Duvalier en 86, l’embargo criminel imposé au pays, le rôle des Etats Unis dans cette crise, les allez-retours d’Aristide au pouvoir, le rôle de celui-ci dans l’émergence de groupes criminels et violents, etc … Expliciter le crise haïtienne nécessite aussi de dire quand quelque chose va bien. La croissance annoncée par Le Soir est de 3%, chiffre supérieur à la moyenne européenne. C’est peu. et beaucoup à la fois.
James Baldwin disait que "le pire qu’une époque puisse créer, ce sont des gens qui n’ont rien à perdre". En Haïti, c’est le pays entier qui n’a plus rien à perdre.
Pour en savoir plus :
+/ Chronologie des événements depuis 1986
Lire :
+/ Alterpresse.org : site d’information et d’analyse
+/ Le Nouvelliste : site du plus vieux journal haïtien
+/ Haïti Impact : site d’information à tendance droitière
Voir :
+/ "The Agronomist" de Jonathan Demme
+/ "GNB contre Attila" de Arnold Antonin
Ces films sont disponibles à Bruxelles chez Echanges et Synergies, ASBL située sur le Pont du Germoir à Etterbeek.